Petit aparté: Petit billet sur la plainte

Publié le 5 Octobre 2015

 

La plainte est bien connue du paysage idiosyncrasique français. N’a-t-on pas coutume de dire que les français se plaignent de tout et tout le temps ? Mais l’on oublie trop souvent de réfléchir son sens. La plainte provient d’une situation jugée insatisfaisante et exprime le besoin de réparation. Elle fait signe vers un dommage subi ou un manque mal vécu. Plus collectivement, elle est aussi ce qui doit être entendu afin de donner satisfaction au plaignant. Elle s’adresse aux autorités d'en-bas comme à celles d'en-haut. Mais ces mêmes autorités sont aussi les premières à devenir, et parfois violemment, objets de plainte. Lorsqu’elle semble généralisée à toute une société, certains s’en plaignent : il y a trop de plaintes, et il en faudrait une qui les supprime toutes. La plainte des plaintes. C’est qu’une société où tout semble objet de mécontentement est une société où apparemment tout va mal. La plainte suprême dénonce en quelque sorte la vie elle-même comme mal faite... Et penser systématiquement que tout va mal n’est sans doute pas le meilleur moyen d’avoir confiance en soi. Cependant, il serait bénéfique de nous souvenir d’Abraham Maslow, grand psychologue américain, qui non seulement eut l’immense mérite de réfléchir le concept de motivation et d’établir la hiérarchie des besoins sous la forme d’une belle pyramide, mais qui jeta un tout autre regard sur la plainte. Si elle dépend bien d’une situation négative où besoins ou désirs sont non satisfaits, elle recèle une positivité : passer à un stade supérieur de nos aspirations. L’homme qui se plaint, dans une entreprise, de n’être point assez reconnu oublie que la satisfaction de ses besoins inférieurs, vitaux par exemple, permet une concentration sur des nécessités supérieures, ici la reconnaissance. Mais me direz-vous, celui qui se plaint ne vise pas la plénitude à partir de la contemplation de ce qu’il a, mais plutôt le vide de ce qui lui manque. Or le bât blesse ici même. La déception n’est jamais très loin lorsque la conscience désigne la plainte toujours comme signe du manque, et non comme une belle aspiration au progrès rendu possible par les succès antérieurs. Concluons que la plainte, d’aucune façon, ne doit dissimuler les succès que pourtant elle passe sous silence….

Rédigé par Bruno Guitton

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