Petit aparté: L’écologie du résultat

Publié le 1 Novembre 2015

L’entreprise vise le profit, qui peut le nier ? A cette fin, elle rémunère ceux qui y contribuent. C’est donc l’objectif par excellence. Mais prenons garde au risque d’aveuglement ! Dans le travail que nous effectuons dans l’entreprise, nous sentons une intentionnalité qui confine parfois à la pure obsession : tout le pouvoir de concentration est orienté vers les résultats. C’est certes compréhensible, légitime mais par moments excessif. Tentons une interrogation : a-t-on pris en compte leur écologie ? Un résultat est une fin, c'est-à-dire un but ainsi que le moment terminal d’un long développement. En réalité, il s’agit dans le meilleur des cas de la réussite d’un projet, dans le pire, de son échec. Ces deux possibles ont mis en jeu des énergies, des visions, mobilisé des moyens, ont fait penser leur articulation, ont organisé des étapes, construit une communication, réuni des équipes, etc. Quelle est la valeur de ces éléments si on ne les réduit qu’à de purs moyens ? Or on sait par sagesse commune et populaire que les moyens comme intermédiaires s’oublient, s'effacent devant l’atteinte de l’objectif, Graal ultime et sacré. Pourtant, les processus recèlent une grande richesse. Pour l’entreprise, ils sont une source inépuisable d’enseignements. Illustrons notre remarque. Telle réunion échoue. C’est un désagrément évidemment, mais dans les échanges,  un collaborateur s’est-il distingué par sa lucidité ou son humour? Il mérite alors une attention de l’exécutif : sa lucidité peut peut-être servir ailleurs, face à des événements dont la perception est quelque peu confuse par exemple; quant à l’humoriste, sans doute serait-il bon de le mettre dans des situations de communication ou de négociation où une tension doit être neutralisée… Mais on passera ces qualités sous silence puisque le résultat n’est pas au rendez-vous. Autre exemple : une prospection à l’export échoue. La lamentation et le calcul du manque à gagner vont occuper les esprits. Cependant, quid des savoirs qui sont nés de l’aventure ? Sommes-nous apparus à nos interlocuteurs étrangers trop rigides, confiants, peut-être arrogants, ou au contraire un peu fragiles ou pointilleux? La négativité du résultat pourrait bien pourtant ouvrir un vaste chantier de réflexion sur ce que l'humain a mis en jeu dans l’aventure. Si l’on n’analyse pas ce que les processus ont mis à jour, c’est "obérer" l’avenir, s’exposer à de futurs échecs et déceptions. C’est donc à une réflexion de l’écologie des résultats qu’il faut en appeler.  

BRUNO GUITTON

Philo Conseil

Rédigé par Bruno Guitton

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