Petit résumé du goûter philo du dimanche 17 janvier 2016.

Publié le 4 Février 2016

Sujet : Quelle place donner à autrui dans notre existence ?

Notre point de départ fut l'identification d'autrui : qui est-il ? Il est le membre de la famille, le collègue, l'ami, l'amoureux, etc. Sa place est donc déjà assignée par la définition qu'on lui donne. Ainsi l'amoureux occupe la place de l'être dans la relation amoureuse, le familier (le frère, le cousin, la tante,etc.) celui du proche au cœur de la relation familiale, le collègue est celui qui travaille avec moi et qui occupe une place professionnelle dans mon existence, etc. Mais dans ce cas, on supprime d'emblée la question parce que la réponse est évidente. L'être d'autrui est réductible à la place qu'on lui donne à partir de l'attribution de sa définition.

Or un des participants souligne que même dans des relations déterminées, autrui reste celui qui est essentiellement différent, donc la place identifiée selon les contextes ne dit pas quelle est la place qu'il occupe pour nous mais plutôt la place qu'il occupe justement dans le contexte. Le collègue peut être écouté comme un ami par exemple car je le considère comme tel. Sa définition professionnelle est niée pour faire place à une autre relation.

Une autre hypothèse est alors proposée : et si c'était autrui qui déterminait la place dans notre existence par la relation qu'il entretient avec nous ? Le conflit témoigne précisément du désir d'autrui de se donner une place de « maître » qui souhaite diriger la relation ou imposer ses vues. Mais le désir d'une certaine position ne signifie pas que l'on parvienne à l'établir : l'autre réagit et ce serait plutôt la relation qui ferait l'être de la position et non l'individu qui souverainement assignerait à autrui sa position.

Un des intervenants défend alors l'idée d'une place culturelle. Selon les différentes cultures, autrui aurait une certaine place. Les coutumes, les mœurs, la morale définiraient autrui et ce qu'il peut faire ou pas dans la relation, le faisant apparaître comme mon égal, celui qui m'est supérieur ou celui qui m'est inférieur. Là encore, la place serait en quelque sorte attribuée de l'extérieur par l'environnement social ou l'éducation et non par le sujet individuel.

Une de nos participantes propose une critique à cette hypothèse culturelle : au-delà ou en deçà des cultures, il y aurait une nature humaine qui ferait de tous les être humains des égaux qui devraient donc se donner la place d'égaux. On fait alors allusion à la doctrine des Droits de l'Homme. Celle-ci fait réagir certaines personnes de l'assistance : que veulent dire les Droits de l'Homme s'ils sont en définitive les droits d'un individu qui dans sa réalité se comporte comme un égoïste qui s'émancipe des obligations et ne pense qu'à lui? Dans ce cas, il ne donne à autrui que la place d'un moyen dont il use pour son plaisir ou son bien-être. S'ensuit une discussion sur ce qu'on appelle le sujet postmoderne. Il est vivement critiqué par notre petite assemblée parce qu'en voulant s'affranchir des valeurs, des règles, des contraintes sociales ou des obligations morales, il se construit une solitude enfermé dans son moi et en réalité ne vit rien d'authentique avec l'autre parce qu'il est auto référent, voire auto suffisant.

Le groupe semble conclure sur les conditions requises pour qu'autrui compte dans notre existence : la réflexion critique ou l'analyse dialectique permet de s'interroger sur l'importance d'autrui ; ce qui est au moins la garantie de le faire, pour nous, exister.

Bruno Guitton

PS: Un grand merci à tous les participants pour leur dynamisme et engagement dans le débat!

Rédigé par Bruno Guitton

Publié dans #Café Philo

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