Méthode pour la dissertation de philosophie: de l'analyse préparatoire à la rédaction de l'introduction.

Publié le 11 Septembre 2007

CONSEILS DE METHODE POUR LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE

 

L’analyse préparatoire menant à la rédaction de l’introduction.

 

 

I-Définition de l’exercice

Le premier objectif d’une dissertation de philosophie est d’identifier et de définir un problème dans l’énoncé proposé au départ. Sur la base de ce repérage, vous devez construire le traitement ordonné de cette problématique en lui fournissant ce que vous pensez être sa solution. Ce discours devra justifier ce qu’il avance, utiliser des points de référence doctrinaux (cf. textes des grands auteurs, idées du cours) ou des exemples comme illustrations. C’est donc un exercice de démonstration et d’argumentation.

 

Question : comment le réussir ?

La dissertation est un exercice qui s’apprend grâce à une méthode précise qu’il est absolument nécessaire de suivre.

 

II- Travail préparatoire

En philosophie, on ne rédige pas immédiatement : d’abord parce que la problématique n’apparaît pas d’elle-même à la simple lecture de l’énoncé, ensuite parce que vous ne disposez pas des principales idées pour le traiter, enfin parce que vous ne connaissez pas le plan qui vous permettra d’organiser vos arguments.

Tout le travail préparatoire sert donc à établir tous ces éléments : Problématique- Détermination des idées- Plan du discours.

 

1-Etude du sens des notions

Toute dissertation est la réponse à un énoncé de départ qui est simplement une question.Quelques exemples : « L’homme s’accomplit-il dans le travail ?;  Les sciences humaines sont-elles compatibles avec l’affirmation de la liberté ?; Y a-t-il quelque chose que l’expérience ne puisse pas nous apprendre ? »,etc.… On ne peut travailler que si l’on a saisi les termes de cet énoncé.Le premier exercice consiste à définir les mots qui le composent.

Pour vérifier votre recherche, posez-vous deux questions : quel est le sens de chaque mot employé dans le sujet ? Quel est le sens global de la formule ?

 

EXEMPLE : Dans quelle mesure peut-on se libérer du passé ?

Dans quelle mesure ? On fait allusion ici à un processus qui s’effectue jusqu’à une certaine limite, plus ou moins bien ou relativement.Certains synonymes peuvent nous aider : jusqu'à quel point, dans quelles conditions, sous quelles réserves,etc…

Peut-on : est-il possible de…

Se libérer : se rendre libre, s’affranchir, s’émanciper, se détacher, etc..

Du passé :  ce qui a été vécu antérieurement, la dimension du temps qui n’est plus. Deux types de passé peuvent donner lieu à la réflexion ; le passé individuel et le passé collectif.

 

Ai-je bien travaillé ? Pour le vérifier, je replace les termes définis dans l’énoncé et je me concentre sur le sens global de la question.A-t-elle le même sens que le sujet lui-même ?

 

EXEMPLE : Dans quelles conditions et jusqu’à quel point est-il possible de s’émanciper et de s’affranchir de ce qui a été vécu antérieurement dans notre passé individuel et collectif ?

 

Cette première reformulation doit être retenue car elle devra figurer dans l’introduction rédigée.

 

2- Dégagement des présupposés, des implications du sujet et recherche d’une contradiction.

Un énoncé est toujours riche mais la difficulté est de découvrir sa richesse.Il sous-entend quelque chose qu’il faut déterminer, des interrogations qu’il recouvre qu’il faut expliciter. Mais il appelle également un paradoxe ou une contradiction qu’il faudra résoudre : il est obligatoire de les énoncer.

 

EXEMPLE : Si le sujet nous suggère de nous libérer du passé, c’est qu’il est aliénant, oppressant, contraignant, traumatique, opprimant. Trois questions se posent :

a)      en quoi l’est-il ? 

b)      l’est-il toujours ou systématiquement ?

c)      à quoi s’oppose cette aliénation tellement souvent observée dans l’histoire ?

* Réponse : La formation de l’inconscient nous indique que notre conscience n’est pas seule à nous diriger. Les mœurs et les coutumes nous sont léguées par le passé et nous ne les choisissons pas. La religion s’impose parfois à nous par tradition. Notre milieu socioculturel nous dicte certaines attitudes de classe qui se sont formées peu à peu. Le sous-developpement est un héritage qui échoue aux citoyens de certains pays sans leur consentement. Enfin, la science doit lutter contre des préjugés qui viennent du passé.

** Réponse : Le passé peut être aussi un modèle d’émancipation (cf. révolution, inventions, découvertes scientifiques, provocations dans le domaine des comportements)

***La contradiction réside dans le fait que deux tendances historiques sont facilement observables : la vénération de la tradition ou la commémoration d’événements importants et la volonté de révolution ou d’oubli…

 

ARTICULATION VERS LE 3ÈME EXERCICE

Si la question se pose en philosophie, c’est qu’elle est nécessaire et universelle.Il faut donc cerner son origine.

 

3- Origine de la question

a) -D’où vient l’énoncé ? En quoi est-il important pour tout le monde ? (cf. origine) Cet exercice servira simplement d’entrée en matière au tout début de l’introduction ( cf. entre 4 et 8 lignes).

 

 

EXEMPLE : a) Le passé semble créer un déterminisme qui pèse sur l’individu et sur les groupes.Les événements de mon enfance, les relations à l’autre qui s’y sont développées (cf. les complexes de la psychanalyse), l’héritage culturel et historique de mon pays (cf. les  conflits séculiers, cf. la présence d’une revendication d’appartenance religieuse), conditionnent ma personnalité et mes choix parfois sans que je m’en aperçoive.Dans quelle mesure peut-on s’en libérer ?

                     b) La question est nécessaire car tout être humain aspire à une liberté permise par un libre-arbitre non conditionné.Comment être responsable de ses choix si le déterminisme du passé est si fort ? D’autre part, nous souhaitons progresser et nous dépasser.

  

A l’issue de cette première phase du travail au brouillon, vous pouvez passer à la rédaction sur votre copie de l’introduction.Elle doit fournir l’origine, la problématique, les implications, présupposés et contradiction du sujet.

 

Rédaction de l’introduction

Exemple : Tout homme ou toute collectivité humaine hérite d’un passé. Notre identité se construit en partie en intégrant la richesse des éléments de notre histoire.Des relations premières de type familial, aux événements politiques de mon pays en passant par les échanges avec l’autre sexe, l’histoire de ma croyance ou des coutumes de mon milieu social, l’influence sur moi existe mais reste à déterminer quant à son importance. Cependant, l’opinion s’accorde à reconnaître que l’histoire individuelle et collective est très souvent facteur d’aliénation.

              En réalité, l’histoire nous montre bien deux tendances : celle du poids de traditions qui freine ou retarde le progrès (cf. le procès Galilée ou la science est opposée à une conception religieuse ) et d’autre part, celle des ruptures et révolutions ou réformes ( cf. les luttes pour la démocratie). Alors, de quel passé s’affranchir ? Comment évaluer le caractère contraignant de notre histoire ? Est-il véritablement possible de gérer les héritages ? Désormais, l’importance du problème apparaît clairement : si le but de tout être humain est incontestablement la responsabilité alors il lui faut être autonome et choisir par lui-même sans souffrir du passé. Peut-être même devra-t-il  s’inspirer de ce qu’il a pu avoir de plus positif ?

               La question : « peut-on se libérer du passé » est donc bien nécessaire puisqu’elle nous aide à penser la possibilité même de notre liberté. En effet, dans quelle mesure et jusqu’à quel point est-il possible de s’affranchir et s’émanciper de ce qui a été vécu antérieurement dans notre passé individuel et collectif ?

BRUNO GUITTON

Note: un grand merci à l'ouvrage de Henri Pena-Ruiz ( La dissertation, Bordas 1996) qui fut dans notre recherche des méthodes pour la dissertation d'une aide précieuse.

Rédigé par Bruno Guitton

Publié dans #Méthodologie

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