Réflexions sur le dialogue philosophique.

Publié le 30 Septembre 2007

 

 

Réflexions sur le dialogue philosophique.

 

 

Après l’ère du soupçon, l’homme occidental post-moderne donne enfin libre cours à sa recherche essentielle : la jouissance dans tous les azimuts. Le désir, ancré dans sa matérialisation objective, c’est à dire dans la foule des objets que le monde de la consommation lui offre, ne souffre plus de la difficile obtention de l’objet "a", mais au contraire le perd par profusion, le dilue dans les possibles.

La conséquence de cette apparence d’abondance est simple mais douloureuse : l’être post-moderne fait retour sur lui-même quand le monde ne se plie pas à sa fantaisie, à son imagination du désir et il souffre. Il rencontre alors un soi d’un genre nouveau. Extraordinaire sujet, révolutionnaire et capricieux, il dispose d’un ego surgi d’un cogito novateur: je désire donc je suis. Et avouons que le génie de l’homme d’aujourd’hui se met pleinement au service d’une consolidation de cet ego par les multiples inventions technologiques qui développent le bien être et les options de consommation. Mais alors, pourquoi manque-t-il quelque chose à ce  libertin  aux sens toujours aux aguets ?

C’est que le malheur du siècle est la perte de l’autre. Il n’est plus que mon voisin de désir, celui qui ne partage que du plaisir, s’épuisant comme moi dans la même quête sans fin. Les regards fixés sur les objets a ne se croisent plus. L’autre est réduit à une possibilité de présence pour jouir ensemble et n’incarne plus un interlocuteur, un véritable ami, un confident sondeur de mon âme. Je vais parfois jusqu’à l’utiliser lui aussi comme un objet "a" matérialisé. Plaisantons ensemble, pratiquons le sexe, achetons en commun, déambulons sous les fourches caudines de la consommation, repérons nos signes d’appartenance aux temps modernes, du piercing au jeans flottant….Malgré ces signes de recherche de communautés factices, le temps post-moderne consacre une grande solitude. Dans cette perspective, soyons honnête : nous ne faisons société que pour poursuivre sur la même route d’une consommation convulsive tandis qu’une déception, peu à peu, nous gagne.

Cette perdition qui prend des allures de damnation se dit aussi dans le langage. Devenu un ensemble de signes échangeables sur un marché, parfois asservi aux objets "a" de la vente et de l’achat, il perd sa richesse métaphorique, se dépoétise et n’ouvre plus sur les mondes de l’autre où la langue est créatrice et transfigure (1). Certes, on ne s’est jamais autant parlé dans des dialogues pseudo tolérants où la différence de l’autre est en réalité subtilement négligée pour pouvoir demeurer soi-même, c'est-à-dire un ego replié sur soi (2). Ce langage, appauvri d’ailleurs, manque de finalité. Il n’est réglé que par l’ici et le maintenant des plaisirs, par la neutralité du politiquement correct, par des mœurs policées pour continuer à compléter sa sphère privée sans être dérangé par les exigences politiques du vivre ensemble, par une préoccupation écologique dont le ressort est en fait la peur panique de devoir cesser un jour de consommer tel que nous le faisons aujourd’hui, en fait, de cesser d’exister comme nous existons.

Cependant, le vide appelle son comblement. De partout, on souhaite un dialogue exigeant,  une rencontre de la pensée avec son double, son autre. Les symptômes de la volonté de partager ensemble la pensée apparaissent et les demandes d’échanges véritables et sérieux cherchent leur formulation. Cessons les badineries, mettons-nous à l’œuvre d’un langage qui donne place à l’altérité en fondant une communauté de recherche. Recherche, certes mais de quoi ? Vraisemblablement de valeurs pour réorienter l’existence en lui conférant une qualité et une profondeur perdues. Dialoguons pour réexaminer ensemble les préoccupations philosophiques de notre condition humaine : le Vrai, le Bien, le Beau et l’Homme. Bien sûr,… la difficulté réside dans le « Comment ».

 

 

 

D’abord le langage doit offrir dans la pratique philosophique une réappropriation de lui-même par le sujet parlant. Le dire doit redire quelque chose et réaffirmer la position de celui qui parle. Il n’est pas, d’après nous,  une longue chaîne de signifiants où le désir viendrait se loger ou un jeu contextuel permettant d’opérer dans une communauté. Il a  la prétention de dire le monde, les autres et la relation. De plus, le langage est parole soutenue par un sujet de la parole dont on est en droit d’attendre l’engagement vis-à-vis de son propre dire. Les conséquences sont rudes. Il faut alors accepter que le dialogue philosophique soit confrontation, discussion et dispute, mais pas chicanerie, bavardage ou happening… Il suppose que l’on soit d’accord sur les objectifs : poser un problème et examiner les idées qui prétendent le solutionner. On le voit, le dialogue philosophique n’est possible qu’à partir d’un présupposé : acceptons de chercher ensemble la vérité en négligeant notre susceptibilité (3) et le pouvoir que la parole confère.

 

Cette communauté de recherche, surgie de l’acceptation de la finalité de la pensée philosophique et de la volonté d’accepter la rudesse de la critique, est régie par des lois : celles de la pensée. On ne peut dialoguer sans voir peser sur son discours les lois mêmes du langage dans sa forme, c'est-à-dire dans ce qui règle la constitution et l’enchaînement des propositions : les principes de la logique. On a coutume d’en isoler trois chez Aristote : le principe d’identité (principe du travail de définition) (4), le principe de non contradiction (principe de cohérence interne de la discursivité) (5), le principe du Tiers Exclu (principe de l’affirmation ou de la négation) (6). En effet, l’identité règle l’exercice de définition. Les caractéristiques d’un concept ne peuvent s’opposer à sa quiddité : a = a. La non contradiction interdit qu’une chose soit et ne soit pas en même temps et que l’attribution et la non attribution d’un prédicat ou caractéristique à une substance soit en même temps et sous le même rapport. Enfin, pour le Tiers exclu, entre affirmation et négation, vérité et fausseté, il n’y a pas de terme intermédiaire.

Pour résumer, quiconque s’engage dans le dialogue philosophique sait qu’il devra se plier aux principes de la logique.

 

Le dialogue philosophique est aussi maïeutique : il progresse par un questionnement rigoureux afin de mettre à jour la pensée de l’autre et surtout l’impensé de cette pensée. Il prend pour objet les définitions des mots : savons-nous toujours avec précision ce que nous entendons quand nous usons personnellement du langage ? Il interroge la validité (cf.cohérence) des idées (7), leur pertinence (cf. sont-elles au service de l’analyse ?), leur valeur (cf. que disent-elles du Bien, du Vrai, du Beau, de l’Homme, de la Justice, etc. ?), leur enchaînement (cf. la forme de la pensée : qu’est-ce qui rend raison du passage entre une idée et une autre ?). Il emploie par là même la critique, non comme émission d’un jugement nécessairement négatif sur quelque chose, mais comme examen interne et externe de la discursivité. C’est donc une attitude de l’esprit qui cherche à évaluer le contenu des propositions du langage qui constituent sa pensée et  à cerner l’origine de ses idées (8).

 

Enfin, pas de dialogue philosophique sans l’épreuve constante du doute. N’entendons pas ici le sentiment, purement psychologique d’une incertitude de soi, mais une véritable méthode d’examen des idées. Dans ce dialogue, rien ne doit être a priori reçu par l’esprit, ou trouver place en ma créance, tant les préjugés sont nombreux et les convictions subjectives solides et dangereuses. L’homme qui veut la vérité doit par là même faire vœu de pauvreté en matière de connaissance (9). Cependant, cette pauvreté n’est jamais première, elle s’obtient en se défaisant des oripeaux de savoir ou d’opinion qui ne sont que des apparences de savoirs. Le doute a essentiellement cette fonction de nous rendre à la nudité de l’ignorance, seul point de départ d’une analyse philosophique, donc à un esprit enfin ouvert à l’appropriation de ses propres pensées.

Tous ces moyens ne sont pas sans conséquences…

 

 

 

Le dialogue philosophique ouvre à l’autre, non seulement parce qu’il est discours de soi pour l’autre, mais surtout parce qu’il sera mon discours construit par et grâce à l’autre. Il fonde ainsi une communauté (10). Ses dimensions sont celle du groupe qui a accepté de collaborer et celle de l’humanité parce que la pensée dépasse les contingences spécifiquement culturelles : ce qui se fait pour certains se pourrait aussi faire pour tous les autres. Plus profondément, la pensée porte, dans la relation dialogique à l’autre, un « je » toujours en devenir, se faisant, qui nie toute identité immuable, figée à partir de préjugés éternels et dogmatiques. En appeler à la parole de l’autre comme une autre parole, qui de son altérité, me fait comme un « je » qui cherche à penser dans le mouvement même de l’échange, est une garantie contre toutes les séductions de l’identité comme modèle, comme valeur, comme ultime paradigme. Par cette relation dialogique, le « je » ne peut ignorer que le « tu » est constitutif de ce qu’il est et devient. Quel bel antidote contre les racismes de l’exclusion de la figure de l’autre !

 

La seconde conséquence réside dans un langage qui, dans son exercice dialogique, veut colmater ses brèches. Personne ne peut nier les difficultés éprouvées par l’individu quand il veut tenir ensemble et fermement ces trois éléments : le « je », la pensée, le langage. Il n’y a pas une stricte identité entre les trois, ni une correspondance terme à terme. Brice Parain le notait déjà dans ses réflexions sur ces écrivains, qui revenant vers leurs écrits, ne s’y reconnaissaient plus tout à fait, voire pas du tout.(11) C’est que mes intentions ne font pas toujours effet de sens…Comme si mes idées dissimulaient l’être aux prises avec la sincérité :l’autre exige pourtant que je sois sincère, et dans son questionnement, il m’appelle à être tel que je pense être. Mon discours devrait alors traduire ma pensée : je devrais chercher les mots, corrects, pertinents, précis. Or ces trois instances, le « je », la pensée et le langage,  ne sont pas toujours sur le même plan. Dans ce décalage entre l’être, l’être qui pense et la pensée de l’être exprimé dans le langage, se loge notre vérité. Le « tu » assume donc une vertu cathartique essentielle, celle de nous faire travailler l’équilibre de ces trois plans. Un sujet, qui pense et qui dit ce qu’il pense.

 

La troisième conséquence nous oblige parfois à abandonner une idée parce que son examen nous en fait voir les défauts ou les limites. Que reste-t-il de mon être quand le « je » ne peut plus porter dans le cheminement de l’analyse, son idée ? Cet état de vide, Kenosis d’après Platon (12), autorise un sentiment de disponibilité à l’aventure de la pensée. Avoir fait table rase de certaines idées se vit, certes dans un premier temps comme un deuil, mais ensuite comme une extraordinaire libération préparant le terrain à d’autres pensées. Or qui peut dire avec sincérité que cette expérience est commune, banale et routinière? Par cet abandon, parfois douloureux, un nouvel espace de possibles s’ouvre où l’esprit peut expérimenter d’autres aventures.

 

La quatrième conséquence concerne la fonction proprement politique du dialogue philosophique. Le dialogue intègre nécessairement la Philia, l’amitié, car sinon point de communauté de recherche. Dialoguer, c’est toujours penser en commun.(13) Refuser de parler de son point de vue ou si l’on préfère de sa solitude, d’où d’ailleurs rien ne me sera renvoyé. Les dialogues de sourds sont des monologues solitaires, étanches et hermétiques, sans attente de l’autre. (14) Cette disposition à l’ouverture sur l’autre et cette volonté de recherche collective des valeurs ainsi que la confiance déposée dans une parole rationnelle et critique signifient que le régime politique philosophique qui laisse à l’homme le plein exercice du dialogue est la démocratie. En ce sens, le monde humain de la communication est véritablement humain, et donc spécifiquement politique, quand la préoccupation constante de réfléchir en commun se déploie dans l’échange dialogique. Cependant, ne pensons pas cet échange comme celui qui nous délivrera à lui seul toutes les solutions à nos problèmes politiques. La démocratie propose des consensus mais oblige à la responsabilité : responsables de notre parole, de notre bonne foi, du progrès même de l’analyse collective et de notre ouverture sur l’altérité, nous ferons alors vivre à notre modeste place la belle expérience démocratique, par le dialogue philosophique.

 

BRUNO GUITTON

 

Notes

1- Si decimos, por ejemplo, el cangrejo usa lazo azul y lo guarda en la maleta, lo primero, lo más difícil es, pudiéramos decir, subir a esa frase, trepar al momentáneo y candoroso asombro que nos produce…. El asombro, primero, de poder ascender a otra región.

Jose Lizama Lima, Las Eras imaginarias, A partir de la poesía, p33, Editorial Fundamentos, 1971.

2- Le fait qu’aujourd’hui les ennemis jadis mortels se parlent, que les idéologies les plus farouchement opposées, « dialoguent », qu’une sorte de coexistence pacifique s’installe à tous les niveaux, que les mœurs s’assouplissent, tout ceci ne signifie pas du tout un progrès « humaniste » dans les relations humaines, une plus grande compréhension des problèmes et autres fadaises. Cela signifie simplement que les idéologies, les opinions, les vertus et les vices n’étant plus à la limite qu’un matériel d’échanges et de consommation, tous les contradictoires s’équivalent dans le jeu des signes. La tolérance dans ce contexte n’est plus ni un trait psychologique, ni une vertu ; c’est une modalité du système lui-même. Elle est comme l’élasticité, la compatibilité totale des termes de mode : jupes longues et minijupes se tolèrent très bien.

Jean Baudrillard, La Société de consommation, p277, Gallimard 1990 (1970).

3- Socrate- J’imagine, Gorgias, que tu as, comme moi, assisté à bien des discussions et que tu as remarqué une chose, c’est que les interlocuteurs ont bien de la peine à définir entre eux le sujet qu’ils entreprennent de discuter et à terminer l’entretien après s’être instruits et avoir instruit les autres. Sont-ils en désaccord sur un point , et l’un prétend-il que l’autre parle avec peu de justesse et de clarté, ils se fâchent et s’imaginent que c’est par envie et qu’on leur cherche chicane, au lieu de chercher la solution du problème à débattre. Quelques-uns mêmes se séparent comme des goujats, après s’être chargés d’injures et d’avoir échangé des propos tels que les assistants s’en veulent à eux-mêmes d’assister à de pareilles disputes.

Pourquoi dis-je ces choses ? C’est qu’en ce moment tu me parais exprimer des idées qui ne concordent pas tout à fait et ne sont pas en harmonie avec ce que tu as dit d’abord de la rhétorique. Aussi, j’hésite à te réfuter : j’ai peur que tu ne te mettes en tête que, si je parle, ce n’est pas pour éclaircir le sujet, mais pour te chercher chicane à toi-même.

Si donc tu es un homme de ma sorte, je t’interrogerai volontiers ; sinon, je m’en tiendrai là. De quelle sorte, suis-je donc ? Je suis de ceux qui ont plaisir à être réfuté, s’ils disent quelque chose de faux, et qui ont plaisir aussi à réfuter les autres, quand ils avancent quelque chose d’inexact, mais qui n’aiment pas moins à être réfutés qu´à réfuter. Je tiens en effet qu’il est plus avantageux d’être soi-même délivré du plus grand des maux que d’en délivrer autrui ; car, à mon avis, il n’y a pour l’homme rien de si funeste que d’avoir une opinion fausse sur le sujet qui nous occupe aujourd’hui. Si donc tu affirmes être dans les mêmes dispositions que moi, causons ; si au contraire tu es d’avis qu’il faut en rester là, restons-y et finissons la discussion.

Platon, Gorgias, 457c-458c

4- Aristote,Métaphysique T,4, 1006a28 ;1007a

5- Il est impossible que le même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps, au même sujet, et sous le même rapport.

Aristote, Métaphysique,T,3,1005-b.

6-Aristote, Les Seconds analytiques, I,11,77 a22-26.

7- Ils interrogent à fond l’intéressé sur les points où il croit dire quelque chose de valable alors qu'il ne dit rien qui vaille ; après quoi ils n’ont aucune peine à mettre à l’épreuve les opinions des gens en proie à l’errance, ils les confrontent entre elles en les rassemblant en raisonnement et par cette confrontation, ils démontrent qu’elles sont les unes avec les autres, sur les mêmes sujets, sous les mêmes rapports, des mêmes points de vue, contradictoires entre elles.

Platon, Sophiste, 229d-231e.

8- Esprit critique : celui qui n’accepte aucune assertion sans s’interroger d’abord sur la valeur de cette assertion, tant du point de vue de son contenu (critique interne), qu’au point de vue de son origine (cf. critique externe).

Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, p197

9- Husserl, Méditations cartésiennes, pp1-5,Vrin,1978.

10-Une vie dialogique n’est pas une vie dans laquelle on a beaucoup affaire avec des gens, mais une vie dans laquelle on a vraiment affaire avec les gens avec lesquels on est en rapport.

Martin Buber, La vie en dialogue, Aubier,p126

11- Mais entre ce que l’écrivain a réussi à dire là, et ce qu’il aurait dû peut-être dire à la place, est-on sûr qu’il n’y a pas une différence ? Seulement pourquoi parler de ce qu’il convenait de dire, et qu’il n’a pas dit ? S’il ne l’a pas dit, c’est que rien ne le poussait à le faire. Mais c’est lui-même, après, qui éprouve un regret, une inquiétude, qui revient, trop tard souvent, sur ce qu’il a dit et publié, et qui n’en est plus content. Il y a maints exemples dans la vie des écrivains de ce malaise, de cette impression de honte, de faute, parfois assez puissants pour interdire ensuite l’écriture, Racine, Gogol, Rimbaud,.

Brice Parain, Petite Métaphysique de la parole, p13, Ed.Gallimard, 1969.

12- Platon, Théétète, 210 c.

13-Mais pour les Grecs, l’essence de l’amitié consistait dans le discours. Ils soutenaient que seul un « parler ensemble » constant unissait les citoyens en une polis. Avec le dialogue se manifeste l’importance politique de l’amitié, et de son humanité propre.

Hannah Arendt, Vies politiques, p34 Gallimard 1974.

14-L’hypothèse de la solitude est sans doute contradictoire. Car si je suis seul, ce que je dis n’est que moi déployé au-dehors, un étranger pour tout le monde. Quel espoir pourrais-je alors d’être écouté ? Mes paroles me seront renvoyées, n‘ayant servi à rien, comme des balles de caoutchouc lancées contre un mur. Elles n’auront plus qu’à revenir en moi, d’où elles n’auraient jamais dû s’en aller.

Brice Parain, Petite métaphysique de la parole, pp 50-51, Ed.Gallimard,1969.

Kenosis o estado de vacio de la persona que no esta molestada con el peso de los saberes superficiales pero enciclopédicos y por el amor ilimitado de sí misma.Théétète 210Kenosis o estado de vacio de la persona que no esta molestada con el peso de los saberes superficiales pero enciclopédicos y por el amor ilimitado

Rédigé par Bruno Guitton

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