Brève définition de la consultation philosophique

Publié le 21 Mars 2013

 

Brève définition de la consultation philosophique

En 1981 est née en Allemagne avec Gerd Achenbach
[1]une nouvelle pratique philosophique : la consultation philosophique. Relayée en France par Marc Sautet[2]et Oscar Brénifier[3], aux USA par Lou Marinoff[4]et son association (APPP), elle se diffuse peu à peu, s’enracinant dans des géographies différentes mais assumant le besoin croissant de sens que la modernité avec ses cortèges d’incertitude et de mutations a généré. Nous ne nous arrêterons pas à la discussion des convergences ou des divergences que ces multiples pratiques entraînent. Nous nous limiterons à proposer la nôtre, fruit de notre travail et de notre expérience.

 

Mais avant toute chose, recensons les diverses motivations qui poussent une personne à nous consulter...

-Le désir de converser philosophiquement. Certaines personnes ont le goût de la philosophie, par histoire personnelle ou jubilation analytique.

-Déçus des lenteurs de la psychanalyse et du nombrilisme qu’elle engendre parfois malgré elle, les individus souhaitent être acteurs conscients d’une analyse où le « je » est celui de la raison, donc d’une conscience responsable de la production d’une argumentation.

-Les sujets consultants viennent développer et examiner leurs propres pensées à partir d’une question qu’ils posent.

Les thèmes sont ou directement universels :

Qu’est-ce que le bonheur ? Comment penser la mort ? Que faire des passions ? Le travail peut-il ne pas être aliénant ? Quel serait le sens de la condition humaine ? Comment penser la liberté ?L’injustice est-elle acceptable ? L’homme doit-il se soumettre à la contrainte ?

Ou ils peuvent être explicitement personnels :

Comment aborder cette nouvelle étape de ma vie professionnelle ? L’épanouissement personnel et le déroulement de carrière sont-ils compatibles ? Pourrais-je bien user de ma mémoire ? Comment penser la vieillesse ? Comment faire pour ne pas être angoissé face au manque d’argent ?Etc.

 

La séance sera donc un espace de dialogue ou le philosophe questionnera la personne venue consulter afin de :

-identifier clairement sa problématique

-dégager les présupposés qui fondent des opinions non réfléchies

-proposer une analyse critique construite dans l’intersubjectivité de la dialectique dont la finalité est d’évaluer les arguments et plus globalement les hypothèses de réponse

-construire la solution à son problème grâce aux fruits du dialogue socratique

-dégager sa « carte conceptuelle » et le fonctionnement logique de sa pensée en repérant ses articulations

-mettre à disposition les grandes doctrines des philosophes pour bénéficier de leur lumière

Réunis dans une recherche commune, l’assesseur philosophique et la personne qui vient réfléchir visent à faire avancer l’analyse, à la rendre productive et peut-être à réussir à construire une pensée importante pour le sens de l’existence tellement désiré.

Pour qu’une telle rencontre ait lieu, deux conditions doivent être remplies. L’une du côté du consultant réside dans sa légitimité : il doit absolument être un professionnel de la philosophie, ce qui veut dire l’avoir étudiée, disposer de titres universitaires qui certifient sa connaissance, et nous rajouterons, l’avoir pratiquée dans des structures d’enseignement (cf.lycée, universités, institutions de formation des maîtres, etc.) L’autre condition du côté de la personne qui vient au cabinet de philosophie et qui est par définition toujours déjà remplie : la réalité de l’existence de la structure de la pensée des êtres humains. Tout sujet est spéculativement constitué par une organisation de son psychisme qui vaut comme identité de sa personne. Cette architectonique peut être source d’éveil, d’ouverture, de jubilation, ou de capacités à s’adapter aux nouveautés pour dépasser des tensions ou une angoisse, comme elle peut être un élément qui vient ajouter aux difficultés celles d’une analyse négative, facteur d’immobilisme. Ici, nous ne postulons rien. Nous nous bornons à un constat. Comme être pensant, nous ne révélons ni chaos, ni anarchie, mais bien structure, système, catégories logiques, abstractions et notions. La consultation permet de la mettre à jour et la confronter au sujet qui vient consulter[5]dans un dialogue avec l’assesseur philosophique[6].

BRUNO GUITTON


[1]En 1981, le philosophe Gerd Achenbach introduit le concept de pratique philosophique et fonde l’année suivante la « Société pour la Pratique Philosophique » à Bergisch-Gladbach, société qui deviendra « La Société Internationalepour la Pratique Philosophique ». Lire l’article What is philosofical practice ? écrit par Achenbach lui-même sur le site officiel de l’Internationale für Philosophische Praxis.

[2]Marc Sautet (1947-1998), philosophe, enseignant, créateur des cafés philosophiques et initiateur de la consultation philo en France en 1992. Il a notamment publié Un café pour Socrate chez Robert Laffont.

[3]Oscar Brénifier est docteur en Philosophie. Il développe en France et à l’étranger depuis quelques années, des activités philosophiques parallèles (cf. Ateliers philosophiques, pratique du débat, philosophie pour enfant, formation des professeur et instituteurs aux échanges philosohiques,etc..).

[4]-Enseignant du Collège de la ville de New York, Marinoff est conseiller philosophique depuis 1991 et président de l’American Philosophical Practitioners Association (APPA), Association Américaine des Conseillers Philosophiques. Il fut également consultant pour le forum économique mondial de DAVOS.

[5]Nous le dénommerons par commodité le sujet-consultant

[6]Nous nous définirons comme assesseur philosophique et non conseiller philosophique entendu que la fonction de conseil, c’est à dire d’intervention sur des choix ou orientations de vie n’a pas à être assumée par un consultant en philosophie. Terme du XIIIe, assessor, de assidere « être assis auprès de quelqu’un », fait allusion à celui qui siège auprès de quelqu’un et l’assiste. L’assesseur philosophique accompagne le sujet consultant dans sa quête de sens en lui fournissant son aide technique, c’est à dire méthodologique, et son expérience d’analyste des discours.

 

Rédigé par Bruno Guitton

Publié dans #Consultation de Philosophie

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